Le
parti communiste a été fondé en 1920. Depuis
sa création, une vie militante communiste a vu le jour à
Issy-les-Moulineaux et perdure encore aujourd'hui.
Depuis plus d'un siècle maintenant, des hommes et des femmes
militent pour la justice sociale et la paix.
Leurs histoires sont intimement liées à la ville et
parfois même à l'histoire de la France. Militants,
élus municipaux, résistants, héros ou martyrs
de la Seconde guerre mondiale, cette rubrique retrace le parcours
de communistes isséens afin de préserver cette mémoire
collective.
BERGEYRE
Charles, Edgar [dit Dédé]
Né le
5 août 1913 à Bordeaux (Gironde), fusillé le
29 septembre 1942 au stand de tir du ministère de l’Air
à Paris (XVe arr.) ; mécanicien électricien
; résistant FTPF.
Fils d’Hélène Bergeyre, Charles Bergeyre épousa
Henriette, Marcelle Michelet ; le couple eut cinq enfants : Guy
(1934), Jacques (1935), Claude (1936), Daniel (1938) et Hélène
(1941). La famille vivait 13 route de Vaugirard, à
Meudon (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine), une voie bordée
par les usines Renault. À la fin de l’école
primaire, il obtint son certificat d’études primaires.
Il fut exempté de service militaire le 15 octobre 1934, pour
infirmité du pied gauche.
Sa formation de mécanicien électricien, lui permit
de travailler régulièrement. Au moment du Front populaire,
employé aux usines Renault à Boulogne-Billancourt
(Seine, Hauts-de-Seine), il participa aux luttes des métallurgistes.
En 1936 il adhéra au syndicat CGT des métaux, collecta
les timbres de l’organisation dans son équipe. Ses
beaux-frères étaient sympathisants communistes et
l’une de ses belles-sœurs était la fille du député
communiste Alfred Costes.
À la suite des grèves de novembre 1938, l’ensemble
du personnel fut lockouté. Le réembauchage s’opéra
un à un, après réception d’une lettre
recommandée signée de Louis Renault. Il y eut environ
10 % de licenciés, Charles Bergeyre ne fut pas repris. Il
travailla à la Société Française de
Radio-Électricité, rue Greffulhe, à Levallois-Perret,
enfin chez Siemens, rue de Surène dans le VIIIe arrondissement
de Paris.
Charles Bergeyre fut contacté par hasard par Henri Savignac,
métallurgiste, militant communiste, qui lui demanda de distribuer
des tracts en sa compagnie dans les boîtes aux lettres. Charles
Bergeyre refusa, mais devant l’insistance, il
accepta de stocker des tracts dans un local à Issy-les-Moulineaux.
Lors d’un contrôle d’identité, Henri Savignac
fut arrêté par deux gardiens de la paix, le 11 août
vers 21 h 30, sur le Pont-de-Saint-Cloud. Il était porteur
d’un pistolet 6,35 mm et d’un carnet de rendez-vous.
Le jeudi 13 août, quatre inspecteurs de la BS2 se présentèrent
à l’heure du déjeuner 35
rue Jules-Gévelot où ils arrêtèrent
Charles Bergeyre. Rien ne fut trouvé ni sur lui ni lors de
la perquisition. Conduit dans les locaux de la BS, il affirma qu’il
avait refusé de distribuer des tracts, mais qu’il en
prenait connaissance. L’une des trois clefs trouvées
sur Charles Bergeyre intriguait les policiers, la troisième
clef était celle d’un local loué pour entreposer
les meubles 18 rue Jules-Gévelot à
Issy-les-Moulineaux. Il y fut conduit sans ménagement.
Près de cinq mille tracts étaient dans un sac, et
portaient sur différents thèmes, s’adressant
au « Camarade socialiste », aux « Femmes de France
», aux « Prisonniers de guerre ». Après
les interrogatoires, il fut inculpé pour « intelligence
avec l’ennemi » et incarcéré à
la prison du Cherche-Midi (VIe arr.).
Dans la soirée du 14 août Claude Lornage, ex-armurier
au chômage fut arrêté à Conflans-Sainte-Honorine
(Seine-et-Oise, Yvelines). Le dernier militant interpellé
le 17 août par deux inspecteurs de la BS2, fut Raymond Duhamel,
aide monteur. Il ne portait aucun papier ou objet suspect. Il était
signalé comme militant communiste et avait fait l’objet
d’une enquête en mai 1940.
Le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas
(VIIIe arr.) jugea les quatre hommes le 19 septembre 1942. Raymond
Duhamel fut condamné à trois ans de réclusion
puis déporté. Les trois autres furent condamnés
à mort, Henri Savignac pour « aide à l’ennemi
et détention d’armes », Claude Lornage pour «
détention d’armes », Charles
Bergeyre pour « aide à l’ennemi ».
Ils furent passés par les armes le 29 septembre 1942 ; l’inhumation
de Bergeyre eut lieu au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine
(Seine, Val-de-Marne), division 39, ligne 2, tombe 69.
Le 29 mars 1945, Augustine Buard, femme de ménage, belle-sœur
de Charles Bergeyre, témoigna devant la commission d’épuration
de la police. Elle reconnut sur photographies trois des quatre inspecteurs
responsables de l’arrestation de Charles Bergeyre. Elle indiqua
que son beau-frère avait réussi lors de sa détention
à leur faire parvenir une lettre où il disait avoir
été frappé à coups de nerfs de bœuf
sur les jambes et sur les reins. Elle mentionna que l’un des
inspecteurs s’était comporté grossièrement
avec elle. Un autre se présenta chez elle, le dimanche 16
août, lui montrant quelques exemplaires des tracts saisis.
« Je lui ai dit, montrant la cuisinière allumée
``C’est le moment de montrer que vous êtes français...’’,
il m’a répondu : ``Ce sont les seules preuves que je
possède, d’ailleurs on ne fera pas de mal à
un père de cinq enfants...’’ » Augustine
Buard déposa plainte contre les inspecteurs, responsables
de la mort de son beau-frère, au nom de sa sœur, malade.
Inhumé au cimetière d’Issy-les-Moulineaux,
son nom fut gravé sur les monuments aux morts de la ville
et sur celui de Meudon.
Le 21 décembre 1945 le ministère des anciens combattants
lui décerna la mention « Mort pour la France »
et le reconnut comme « Interné résistant »
le 25 juin 1955 avec le grade de sergent FFI à titre posthume.
Son nom est gravé sur la plaque du ministère de la
Défense à Paris XVème
SOURCES : Arch. PPo. BA 2117, BA 2299, KB
1, KB 7, PCF carton 13, 1W 0039, GB 172. – DAVCC, Caen, Boîte
5 B VIII dossier 3 (Notes C. Leneveu, Thomas Pouty). – L’Humanité,
décembre 1938. – Arch. mun. Boulogne-Billancourt. –
Mémorial GenWeb. — Note et cliché du haut fourni
par sa petite-fille Corinne Bergeyre.